• Chapitre I

    Une page blanche

     

    Je vois un corps. Peut-être une silhouette masculine, mais je n'en ai pas la certitude. Elle est allongée sur le sol, immobile. A cause de mon angle de vue, je devine que je suis aussi par-terre, et je sens le froid du carrelage blanc me mordre les avants-bras et la joue gauche. J'essaie de me lever, mais je retombe lourdement,amortissant légèrement la chute de mes mains. Je ne sens plus mes jambes, ni ma poitrine, seuls mes bras semblent être encore un peu sensibles à la rigueur du froid du marbre. Malgré la douleur lancinante qui semble mettre le feu à ma tête, je me traîne péniblement, centimètre par centimètre,jusqu'à la main du corps qui semble sans vie. J' entend une voix, à l'intérieur de ma tête déverser un discours incompréhensible où se devine une détresse évidente, vacillant entre colère, peur et douleur. Même si je ne comprend aucun des mots prononcés, les sentiments de cette voix féminine s'infiltrent en moi,prennent possession de moi. C'est comme s'ils devenaient les miens. Je m'accroche encore plus fort à la main que je tiens toujours, quand je sens une matière visqueuse et chaude entrer en contact avec ma peau refroidie par le carrelage. Je retire ma main comme si je m'étais brûlée. Quand, hésitante, je tente de regarder ma main, les ténèbres tombent. Puis il y a un cri, toujours de la même voix, mais avec une intonation plus déchirante que précédemment. Un cri de désespoir, comme si elle venait de voir sa vie détruite, réduite à néant.

     

    Chapitre I

     

    - Mademoiselle? Vous m'entendez ?

    - ...

    Je tente d'ouvrir la bouche pour répondre à la voix qui me questionne, mais c'est vain. Mes lèvres semblent soudées. J'essaie d'ouvrir mes paupières. Quand j'y parviens enfin, tout reste noir. Non, deux secondes... Je perçois un très léger rayon de lumière, comme si j'étais entrain de faire un colin-maillard. Ais-je un bandeau devant les yeux? Je m'agite, bouge ma tête sur le côté. Et quelle bêtise! Ça me fait un mal de chien, j'ai l'impression que mon cou vient de se briser en deux. La voix se fait plus douce, comme si elle tentait de me rassurer. Elle a bien du courage... Elle me prend délicatement la main gauche, et la serre dans la sienne.

    - Doucement, calme toi. Tu es à l'hôpital, et je suis une infirmière.Si tu as compris ce que je viens de dire, serre deux fois ma main.

    Je me sers de toutes les forces que j'ai, et serre deux fois sa main. J'ai l'impression de soulever un poids de cinquante kilogrammes.

    -Très bien ! Je vais chercher les médecins, je reviens rapidement.

    J'ai envie qu'elle reste à mes côtés, et qu'elle réponde à mes questions,mais la seule chose que je peux faire c'est lâcher sa main. Je suis fatiguée, tellement fatiguée. J'entend la femme sortir de la pièce, me met à écouter les bruits qui m'entourent. Ses pas sont un peu précipités, mais ce n'est pas le son de ses chaussures qui couinent qui me dérangent le plus, c'est le bruit sonore qui me vient de droite. Cela prend quelques secondes avant que je comprenne que les « bips » incessants qui me donnent des maux de tête sont la preuve que je suis en vie. C'est sans aucun doute un moniteur cardiaque, ce qui signifie que mon cœur bat, et je ne sais pas pourquoi ces "bips" me semblent si familiers . La femme a dit tout à l'heure qu'elle allait chercher les médecins. J'en conclus donc que je suis vraiment à l'hôpital. Les questions commencent à s'accumuler dans me tête et la douleur que j'avais sentis tout à l'heure fait son retour en force. Comment suis-je arrivée ici ? Suis-je gravement malade ? Ou est-ce parce que j'ai eu un accident ? J'ai beau chercher dans les fins fonds de ma mémoire, rien ne me revient. La seule chose dont je peux me souvenir, c'est ce cauchemar que je faisais quand j'ai été sortie du sommeil par l'infirmière. Mais après tout, était-ce vraiment un cauchemar ? Ou un souvenir ? J'ai l'impression que ma mémoire est un meuble dont les tiroirs ont tous été vidés dans la nuit. Il me manque surtout l'essentiel, le plus important. Quel est mon nom? Qui suis-je?

    Chapitre I

     

    Ces derniers jours ont été épuisants. Les médecins m'ont fait passer plusieurs test, scanners, et plus encore. Ils disent que je suis une miraculée. D'après eux, j'aurai dû mourir suite à mes blessures.Traumatisme crânien, ecchymoses multiples, fissure de tels et tels os... J'ai préféré ne pas écouter leur discours sur mon état. Je sais déjà le principal : mon corps entiers est douloureux au moindre mouvement, au moindre contact avec un quelconque objet. Parfois, la douleur est presque supportable, parfois elle ne l'est pas du tout. Au bout d'une semaine, les médecins m'ôtent enfin le bandeau qui me voilait la vue. Encore une chose que j'ai failli perdre, la vue. Je suis reconnaissante aux médecins d'avoir sauvé mes yeux. Aujourd'hui, je peux enfin voir où je suis, ce qui m'entoure et les gens qui s'occupent de moi. Quoi-qu'après une autre semaine de passée à observer quatre murs blancs, je ne suis pas plus avancée que cela. Ma chambre est individuelle. Quatre murs blancs avec une grande fenêtre, vue sur le jardin de l'hôpital. On peut dire que j'ai un peu de chance dans mon malheur. J'ai aussi une petite télévision, et Anna vient régulièrement changer les fleurs qu'elle dispose dans un petit vase qu'elle m'a offert le jour où l'on m'a ôté le bandeau des yeux.

    Anna est un ange. C'est l'infirmière qui était à mes côtés quand je me suis réveillée. Je crois qu'elle m'aime bien et m'a pris sous son aile, un peu comme le ferait une mère de substitution. Malgré le fait que je la connaisse depuis seulement deux semaines, je sais plus de choses sur elle que sur moi. Malgré son prénom occidental, sa famille est en grande partie japonaise. Après avoir eu son diplôme d'infirmière, elle a commencé à travailler dans l'hôpital où travaille un de ses cousins. Elle est mariée à un artiste plus ou moins connu, et peux être aussi douce et compréhensive que intransigeante quand il s'agit de son travail. Elle est pratiquement la seule avec qui j'échange quelques mots. Dès que quelqu'un d'autre me parle je prend peur et je préfère me renfermer. Ce n'est pas que je veux être impolie, mais c'est plus fort que moi. Le psychologue des urgences que j'ai consulté dit que mes blessures ne sont pas seulement dues à un accident, mais à une agression, et cela expliquerait que je sois méfiante avec tout le monde. En fait, mes blessures ne serait pas seulement extérieures,si j'ai bien compris, et mon inconscient me dicterait de me méfier?... Heureusement il ne n'a pris mon dossier et que quelqu'un d'autre va s'occuper de mon cas, celui-ci me mets vraiment mal à l'aise, j'ai le sentiment d'être un rat de laboratoire pour lui. Et puis il y a le fait que je n'ai pas de souvenir. J'ai gardé mes connaissances, puisque je parle,compte, lis et écris. Mais je n'ai aucun souvenir de lieux, de personnes ou d'événements passés qui me permettraient de savoir qui je suis. La police est venue m'interroger, mais quand la seule chose dont vous vous souvenez se résume à un cauchemar aussi flou que le mien, ça n'aide pas vraiment... Ils cherchent toujours parmi les enfants disparus, mais plus les jours passent, et plus je me disque je suis comme un fantôme, perdu et sans attache. Des parents auraient déjà dus ce manifester, non ?

    Anna toque à la porte de ma chambre et interrompt mes pensées.

     

    - Coucou ! Comment tu vas aujourd'hui ?

    - Ça va plutôt bien, si j'oublie la douleur. Et toi ?

    - Très bien. Mais je dois te parler de quelque chose d'important.

    - Ah bon ? De quoi dois tu me parler ? Tu parais bien sérieuse, tout d'un coup.

    - Cela fait deux semaines que tu t'es réveillée, mais tu as été admise dans cet hôpital il y a déjà plus de quatre mois. Même si on ne-

    - Je comprend ce que tu veux dire, mais pas où tu veux en venir. Je vais bientôt devoir quitter l'hôpital ?

    - Non, non, les médecins disent que tu en as encore pour au moins deux ou trois semaines. Mais j'aimerais que tu ailles au cours donnés au enfants hospitalisés, au niveau -1.

    - Vous voulez dire que je vais devoir côtoyer d'autres patients ? Non ! Hors de question !

    - Calme -toi, voyons ! On dirait une enfant qui fait un caprice !

    - Mais...

    - Je sais que tu n'es pas comme ça, alors tu vas être obéissante et lundi tu iras faire les test que t'ont préparé le professeur et ton psychologue. Compris ?

    - Oui. Mais dans ce cas j'irai en béquille. Il n'est pas question d'y aller en fauteuil roulant !

    - Je me doutais que tu me dirai ça. Je t'en apporterais demain matin.

    Après avoir mangé mon repas, ce qui consiste à une purée à la couleur jaunâtre,  j'eus à peine le temps de me mettre sous ma couverture que Morphée me tendait déjà ses bras. Il faut dire que leurs médicaments sont efficaces contre les cauchemars...

     

    Chapitre I

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